on experience and innovation

sur l'expérience et l'innovation

version française / please read in English below

Prémisse 1 : experior ergo sum

Nous vivons dans un monde où tout est affaire d'expériences : en ligne ou hors ligne, gratuites ou payantes, en tant que client, employé ou simple spectateur. Nous faisons l'expérience du monde, des autres personnes, ainsi que de tout ce qui a un impact sur nos vies. Les gens veulent apprendre à ne pas trop réfléchir aux choses afin d'en faire l'expérience. Un Decartes contemporain écrirait probablement "Je fais l'expérience, donc je suis", donnant un tout nouveau sens à la pensée, au sentiment et à la vie elle-même.

Prémisse 2 : metimur ergo facto est

Aujourd'hui, l'innovation consiste presque toujours à vivre ou à modifier certaines expériences, si possible mesurables. Je pourrais évaluer une expérience de livraison de pizza avec des étoiles ou mon expérience très privée des toilettes de l'aéroport Charles-de-Gaulle en appuyant sur des boutons smiley colorés rétro-éclairés. En abusant encore une fois de Descartes pour plus de clarté, il affirmerait probablement quelque chose d'aussi douteux que "j'ai mesuré, donc c'est arrivé", ce qui nous place souvent dans la position difficile du vide expérientiel. Comment prouver quoi que ce soit, sans données, sans images, sans commentaires ni de likes ?

concevoir des verbes, pas des noms

Je ne crois pas à l’évaluation évidente des expériences par un simple clic. Bien sûr, les données qui en résultent peuvent aider à s'améliorer, mais seulement si elles sont collectées par rapport à des critères clairs ou définis. De plus, l'évaluation, surtout lorsqu'elle est mauvaise, affecte trop souvent les personnes en première ligne et non les concepteurs responsables des processus qui créent des expériences imparfaites. 
Je pense qu'une bonne conception ne peut pas être évaluée par une note de 3 étoiles, car elle est invisible. Les expériences parfaitement conçues innovent de manière inexplicable et en douceur ce que nous faisons ou la manière dont nous le faisons, sans que nous ne remarquions ou ne soyons conscients du changement : Une “perturbation du status quo” si douce que vous ne sauriez pas où, comment et pourquoi l'évaluer. 

Quand l'enseignement devient une expérience d'apprentissage 

Même les écoles, comprenant l'époque dans laquelle nous vivons, ne demandent plus à leurs enseignants d'enseigner. Elles élaborent des moyens d'offrir une expérience d'apprentissage contemporaine. Les cours doivent être conçus différemment, et probablement plus intelligemment. Si les objectifs d'apprentissage et la portée du cours peuvent rester les mêmes, la définition intrinsèque de l'enseignement doit être revue. La hiérarchie des valeurs, liée à l'évolution de l'éducation, qui est passée d'une commodité à un service et enfin à une expérience, correspond à un changement fondamental dans notre façon d'appréhender le monde, d’un aspect fonctionnel à un aspect principalement émotionnel. Les accréditations, un corps d’enseignant expert ou un beau campus ne suffisent plus pour se distinguer et retenir les étudiants.

Il s'agit d'innovation, pas d'optimisation

Pensez à la façon dont nous pinçons pour zoomer sur les écrans tactiles. Un geste qui a été "inventé" avec la présentation du premier Iphone. Aujourd'hui, moins de 15 ans plus tard, regardez un enfant de la génération Alpha qui ne sait pas comment zoomer autrement. Cette expérience totalement artificielle, conceptualisée pour une fonctionnalité connue depuis longtemps, pensée de manière si différente et conçue de manière si fluide, fait désormais partie de notre habitus quotidien.

La véritable innovation en matière de technologie, de service design ou d'éducation est impossible à évaluer à court terme. Se faire conduire d'un point A à un point B dans une voiture que l'on a commandée par application, ou suivre la présentation d'un professeur de manière synchrone sur Zoom, ce n'est pas de l'innovation, c'est de l'optimisation contemporaine. 
Sortir des sentiers battus n'est plus suffisant. L'innovation avec un I majuscule change de continent, y bats des nouveaux sentiers pour en sortir à la fin.

Passez un excellent week-end.


English version / Lisez la version française ci-dessus

Premise 1: experior ergo sum

We live in a world in which everything is about experiences: online or offline, free or paid for, as a client, as an employee or just as a bystander. We experience the world, other people, as well as everything impacting our lives. People want to learn how not to overthink things in order to experience it. A contemporary Decartes would probably write “I experience, therefore I am”, giving thinking, feeling and being alive a whole new meaning.

Premise 2: metimur ergo facto est

Today, innovation is almost always about having or changing certain experiences, if possible measurable ones. I could evaluate a pizza delivery experience with stars or my very private Charles-de-Gaulle airport restroom experience by pushing retro-illuminated colourful smiley buttons. Misusing Descartes for clarity again, he’d probably state something as questionable as “I measured, therefore it happened,“ often putting us in the difficult position of experiential voids. How does one prove anything, without data, pictures, comments or likes.

designing verbs, not nouns

I do not believe in the obvious ratings of experiences by a simple click. Of course, appraisals may help to optimize and to get better, but only if data is collected against clear or defined criteria. Also, evaluation, especially bad one, too often deeply affects the people in the first line and not the responsible designers of the processes creating flawed experiences.
I think that good design-thinking cannot be evaluated with a 3 star review, as it is invisible. Perfectly designed experiences inexplicably and smoothly innovate what or how we do something, without us noticing or being aware of change: Disruption so smooth, you would not know where, how and why to evaluate it. 

When teaching becomes a learning experience 

Even schools, understanding the times we live in, do not ask their staff to teach anymore. They collaboratively elaborate ways to provide a contemporary learning experience. Courses have to be designed differently, probably more smartly. Whereas the learning objectives and the scope of the course may stay the same, the intrinsic definition education needs to be revised. The hierarchy of values, linked to the evolution of education from a commodity, to a service and finally to an experience, corresponds to a fundamental shift in how we experience the world, from the primarily functional to the primarily emotional. Accreditation, an expert faculty or a beautiful campus are not enough anymore to be distinctive and retain learners.

It is about innovation, not optimization

Think of the way we pinch-to-zoom on touch screens. A gesture that was “invented” with the presentation of the first Iphone. Today, less than 15 years later, just watch a gen-Alpha kid not knowing how to zoom differently, pinching even TV screens to get a closeup. This completely artificial experience, conceptualised for a long known feature, thought so differently and designed so smoothly, it is now part of our daily habitus.

Real innovation in technology, in service design or in education is impossible to evaluate in the short term. Being driven from A to B in a car, one has ordered by app, or following a teacher’s powerpoint presentation synchronously on Zoom is not innovation, it is contemporary optimization. 
Thinking out of the box is not good enough anymore. Innovation with a capital I moves into another room in which it creates a completely new box to think outside from.

Have a great weekend.